Ecrit ce soir parce que je m'ennuyais et cette histoire me trotait dans la tête depuis trop longtemps.
Jack partait de bon matin vers un autre monde. Peut être ne s’en doutait-il pas encore, néanmoins, c’était bien ce qu’il s’apprêtait à faire. La nuit pour lui avait été porteuse d’un message : « vas, vas et ne te retourne pas, suis le chemin et tu découvriras la véritable valeur de la vie ». Dans son sommeil agité lui était apparu son but, flou mais précis, proche et pourtant si loin.
Alors, sans un regard pour sa maison, sa famille, ce qu’il avait fondé jusqu’ici, il marchait vers son avenir. Un long sentier d’étirait jusqu’à l’horizon. « Si je parviens à aller au bout de cette piste, je trouverais mon but, et je l’atteindrais aussitôt. » ; penseur, un pas devant l’autre, il se rapprocha de ce qu’il cherchait sans savoir même de quoi il s’agissait.
La route martelait les jambes du fugueur de ses ongles acérés, tentant de le retenir, transperçant sa chair de mille lames tranchantes. Le chant du ruisseau essayait de le détourner de sa tâche, l’enchantant, l’appelant par son prénom et tissant des liens plus profonds qu’aucun auparavant. Mais rien n’y fit, l’homme était transporté par son désir de connaissance, vers une terre inconnue.
Au troisième jour de sa marche, il admit que la fatigue se faisait sentir, et s’assit sur une souche mousseuse. Devant lui, deux arbres amants s’enlaçaient à la lueur de leur propre amour. L’un était marqué d’une croix de peinture couleur de sang, annonciatrice de sa prochaine mort, du meurtre qui allait se produire en ce même lieu quelques jours plus tard.
L’éternel rêveur s’abreuva de cette image, se nourrit de la chaude lumière, ferma les yeux quelques instants, et se leva. Il traversa la forêt et revint les bras chargés de bois sec, qu’il disposa autour des arbres épris, et, dans une étincelle, cella à jamais l’amour des deux arbres, qui moururent ensemble plutôt que souffrir dispersés, car tel était leur souhait. Puis, à grandes enjambées, il parcourut d’une traite le reste de son parcours, et acheva son voyage.
Un grand portail lui faisait face ; ses barreaux forgés ressemblaient à s’y méprendre à du lierre grimpant, s’entortillant autour d’arbres malchanceux. La grille céda à sa poussée, et la voix qu’il avait entendue dans son rêve se manifesta, l’appelant encore et encore, le charmant plus que nulle autre auparavant. Il passa sans le voir devant un ruisseau bordé de roseaux, s’engouffra dans un bosquet dont il ne ressortirait jamais. Car, voyez-vous, il venait de pénétrer dans le jardin de la rose…
Des éclairs pourpres traversaient les feuillages, et le transportaient déjà dans ce monde issu de ses souhaits les plus profonds. Il s’avança afin de mieux distinguer cette lumière qui l’irradiait tout entier. Et, au centre du jardin, trônait la plus merveilleuse des roses. De son écrin de clarté, elle souriait au monde.
Jack s’approcha, tendit la main vers celle qu’il reconnu comme sa bien-aimée. Ses lèvres effleurèrent les doux pétales de la fleur, et il y déposé un baisé doux et passionné : il avait enfin trouvé son but, sa raison de vivre, son véritable amour. En une fraction de seconde, il oublia son voyage, sa femme et ses enfants, sa maison et son champ, pour mieux se consacrer tout entier à celle qu’il aimait. Puis, tout devint noir.
Un chasseur maladroit d’un coup de fusil avait gâché un suave songe devenu réalité. Le rêveur achevé était étendu à terre, au creux de sa main son amour rendait son dernier souffle empreint de mystère.